C’est une vérité cadenassée par la loi républicaine, limitée par le risque d’exploitation politique,
verrouillée par la peur d’une stigmatisation et étouffée par le politiquement correct. Les enfants d’immigrés sombrent apparemment plus souvent dans la délinquance que les autres
Français. Comment évoquer sereinement ce phénomène? Quelques voix - sociologues, criminologues, policiers ou politiques - commencent à aborder la question.
Les voyants sont au rouge, mais les statistiques sont muettes sur le sujet. Le seul distinguo autorisé par l’administration porte en effet sur la nationalité, et non sur l’origine. Chaque année, les étrangers représentent environ 20% des délinquants. Mais les chiffres masquent une réalité autrement plus dérangeante. Longtemps, on a cherché à cacher, maladroitement, la surreprésentation des enfants de l’immigration, pourtant visible, au motif qu’ils sont d’abord des « enfants de la France » [FDS : nos guillemets].
Sous le gouvernement Jospin, des consignes non écrites ont même été passées aux services de communication de la police.
«On nous demandait de ne citer aucun prénom, se souvient un communicant de l’époque. C’était considéré comme trop
stigmatisant.»
Cependant, les policiers de terrain le constatent depuis des années. Et, aujourd’hui, ils s’inquiètent notamment de l’agressivité de jeunes Blacks, en échec scolaire, coupés de tous
repères familiaux. «Les Noirs que nous interpellons se manifestent par une violence instantanée, constate un commissaire en poste dans une banlieue sensible. Ils sont
fréquemment impliqués dans des vols à l’arraché ou des vols à la portière. Tandis que les Maghrébins, par exemple, sont plus structurés, autour des réseaux de
drogue.»
Les émeutes en banlieue, en novembre 2005, ont jeté à la face du monde l’image de jeunes Français d’origine
étrangère, harcelant les forces de l’ordre et incendiant des voitures.
A quoi ressemblent les délinquants de tous les jours ? Pour le savoir, il suffit de se plonger dans un fichier méconnu, baptisé «Canonge», qui comporte l’état civil, la photo et la description physique très détaillée des personnes «signalisées» lors de leur placement
en garde à vue. Grâce à cette base de données présentée à la victime, celle-ci peut espérer identifier son agresseur. Or ce logiciel, réactualisé en 2003, retient aujourd’hui 12 «types» ethniques : blanc-caucasien, méditerranéen, gitan, moyen-oriental, nord-africain-maghrébin,
asiatique-eurasien, amérindien, indien, métis-mulâtre, noir, polynésien, mélanésien.
A Paris, le Canonge comprend environ 103 000 hommes, dont 37% de Blancs, 29% de Nord-Africains et 19% de Noirs. Pour
l’anecdote, un seul Mélanésien est référencé. «Mes agresseurs avaient entre 18 et 20 ans. Plutôt grands,
d’origine maghrébine: je n’avais pas d’autres indications à fournir à la police, se souvient une victime d’agression. J’ai été invité à les reconnaître dans le fichier. J’ai mis une
bonne heure: il y avait plus de 2 000 photos.»
Cette proportion de Français d’origine étrangère est encore plus forte parmi les jeunes de certaines banlieues. Ainsi, dans cette commune du Val-d’Oise, où plus de 7
500 hommes âgés de 25 ans sont répertoriés dans le fichier Canonge, les Blancs représentent moins de 2%, de même que les Noirs, contre près de 45% pour les
Nord-Africains, soit 3 200 individus. «Je vous avais prévenu: il y a peu de Gaulois!» indique un enquêteur. Dans un département de la grande couronne, comme la
Seine-et-Marne, les Blancs constituent la moitié des suspects. Dans les départements ruraux, le taux est plus élevé.
L’Express a pu en consulter deux mains courantes, l’une dans un arrondissement chic de Paris, l’autre dans un
secteur populaire. Elles ne se ressemblent pas.
1°) Dans le premier cas, les habitants se plaignent plus de cambriolages et de tapages nocturnes que d’agressions ou de trafics de drogue. La main courante mentionne bien un
«indésirable» nord-africain, un SDF né au Nigeria et l’interpellation d’un voleur russe, mais peu d’incidents soulignent la problématique de l’immigration.
2°) Dans le second cas, en revanche, on note, d’abord, que les faits sont plus nombreux et plus graves: problèmes de rixes avec coups et blessures, de dégradations de biens, de menaces, de violences ou de consommation de stupéfiants, etc. On observe, ensuite, que 73% des auteurs recensés ont un nom à consonance étrangère.
Au bout de la chaîne, l’administration pénitentiaire a depuis longtemps intégré l’aspect ethnique. Le visiteur qui, pour la première fois, pénètre dans une prison en région parisienne le voit immédiatement. Il découvre le vrai visage des détenus: blacks et beurs, à une écrasante majorité.
Des sociologues, peu suspects de racisme, ont commencé à briser le tabou de la surreprésentation des jeunes issus de l’immigration dans la délinquance. Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS, fut l’un des pionniers. Il y a neuf ans, certains de ses collègues l’ont mis en garde: il forçait le couvercle d’une boîte de Pandore, celle du communautarisme. Il a commencé par définir le concept d’ «origine étrangère». Tâche difficile dans une nation qui s’est construite au rythme des brassages successifs de populations. Le sociologue a considéré que cette origine se définissait par le fait qu’au moins l’un des deux parents était étranger ou né hors de France.
Selon les études de Roché, l’origine sociale n’explique pas tout. «Certes, 80% des jeunes délinquants d’origine maghrébine ont des parents ouvriers ou employés, souligne-t-il. Mais, à niveau socio-économique équivalent, les enfants d’immigrés sont plus délinquants que les autres.»
SOURCE : (l'express)
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