Alors qu’une nouvelle
campagne tente d’obtenir du gouvernement la régularisation des clandestins (tous en même temps ou au cas par cas, cela revient finalement au même), dans Présent, Jean Cochet cite Michel
Godet, qui a écrit quelques vérités incorrectes dans le JDD. Extraits :
“près de 20% des jeunes, souvent issus de l’immigration, sont en échec scolaire et relégués dans des quartiers où la violence et les frustrations dominent : le taux de chômage de ces jeunes restera de l’ordre de 40% car beaucoup ne sont pas employables faute d’un minimum de savoir-être. […] Comment les intégrer dans des écoles où 50% à 100% des enfants ne sont pas de langue maternelle française ? Sujet d’autant plus tabou que l’on refuse de savoir que 25% des naissances en France sont d’origine immigrée, cette proportion dépassant les 40% pour l’Ile-de-France. […]
Le dernier rapport Immigration et présence étrangère en France en 2006 que devait diffuser la Documentation française a été imprimé, retiré de la vente et sera sans doute mis au pilon. Dommage, car il est très instructif : on y apprend par exemple, que les étrangers ne représentent que 8% des actifs de l’Ile-de-France, mais 25% des chômeurs ! (…) Ou encore que la France accorde (…) très généreusement la nationalité française à 140 000 étrangers par an. Cela fait un million de Français en plus par apport migratoire depuis l’an 2000. […]
Ce rapport est donc officiellement condamné par les grands inquisiteurs de l’idéologie antiraciste à finir en autodafé parce que les chiffres qu’ils montrent «sont différenciés en fonction des origines ethniques et cela est prohibé par le Conseil constitutionnel». […]
En Espagne, le taux d’emploi des étrangers est supérieur de 7 points à celui des nationaux, alors qu’il est inférieur de 20 points en France. Le taux de chômage des étrangers non européens est trois fois plus élevé que celui des Français. Sur les 2,9 millions d‘étrangers en âge de travailler, à peine un tiers de femmes ont un emploi et un peu plus d’un homme sur deux. Au total, sur cinq étrangers présents sur le territoire, seuls deux ont un emploi. Les Maghrébins représentent 30% des travailleurs étrangers, mais près de la moitié des chômeurs de cette catégorie. » […] Par contraste, les Portugais représentent 24% de la population active étrangère et seulement 7% des chômeurs. Ils ont même un taux de chômage presque deux fois plus faible que celui des Français.”
Michel Janva Source : Le Salon Beige via FN
Villeurbanne
--------
NDLR :
J'ajoute que si le taux d'emploi des étrangers vivant en Espagne est supérieur à celui des nationaux, c'est aussi sans doute dû aux effets d'une immigration récente.
Dans la France des années 60 et 70, les étrangers proposant de travailler pour moins cher dans des conditions lamentables étaient du pain béni pour les "patrons-voyous" qui y voyait là
une main d'oeuvre corvéable à exploiter. Ils n'étaient que peu touchés
par l'inactivité y compris après le premier choc pétrolier et l'apparition du chômage de masse.
Ils ont indirectement contribué à la dévaluation des salaires des employés nationaux en s'offrant deux fois moins cher.
Ensuite, et c'est ce qui en arrivera en Espagne avec la seconde et troisième génération, et c'est ce qui nous est arrivé, leurs rejetons s'aligneront ensuite sur les exigences
salariales nationales, tout étant persuadé que le fait d'avoir vu le jour sur ce sol leur conférerait un droit imprescriptible à pouvoir éructer sur nos nations et vivre
selon leurs propres coutumes, d'où cette carence de savoir-être les rendant donc inemployables.




Pour le libre échange et une immigration limitée
par Hans-Hermann Hoppe article tiré du "Symposium sur l'immigration", publié par The Journal of Libertarian Studies, été 1998, volume 13 (2), traduit par Hervé de Quengo
On prétend fréquemment que le "libre échange" irait de pair avec la "liberté d’immigrer", comme le "protectionnisme" avec "l'immigration contrôlée". On affirme par là que, s'il n'est pas matériellement impossible de combiner protectionnisme et libre immigration, ou libre échange et immigration contrôlée, ces positions-là seraient intellectuellement incohérentes, et donc erronées. Ainsi, pour autant que les gens cherchent à éviter les erreurs, ces exemples devraient être l'exception et non la règle. Les faits, pour autant qu'ils soient significatifs, semblent étayer cette affirmation. Comme le montrent, par exemple, les primaires des élections présidentielles du Parti républicain de 1996, la plupart de ceux qui défendaient le libre échange prônaient une immigration relativement (si ce n'était pas totalement) libre et non discriminante, alors que la plupart des protectionnistes défendaient des politiques d'immigration restreinte et sélective.
Je soutiendrai ici que, contrairement aux apparences, c’est cette thèse-là, avec son affirmation implicite, qui est fondamentalement erronée.
En particulier, je démontrerai que le libre échange et l'immigration contrôlée sont non seulement des positions parfaitement cohérentes mais qu'elles sont même des politiques qui se renforcent mutuellement. Ce qui veut dire que ce ne sont pas les adeptes du libre échange et d'une immigration limitée qui sont dans l'erreur, mais les adeptes du libre échange associée à la libre immigration. En éliminant la "culpabilité intellectuelle" de la position "libre échange plus immigration limitée" et en la remettant à sa place, j'espère favoriser un changement de l'opinion dans son état actuel, et faciliter un réalignement politique substantiel.
Pour la liberté d’échanger
Depuis l'époque de Ricardo, les bienfaits du libre échange sont logiquement irréfutables. Pour les besoins de l'argumentation, il est utile de résumer rapidement pourquoi. La démonstration consistera en une réduction à l'absurde de la thèse protectionniste, présentée le plus récemment par Pat Buchanan
[Patrick Buchanan fut le candidat de l'alliance des paléo-conservateurs et des paléo-libertariens (le John Randolph Club) dont faisaient partie Murray Rothbard et Lew Rockwell --l'autobiographie de Pat Buchanan parle de Rothbard comme d'un "cherished friend of mine" et Buchanan avait par ailleurs déclaré que le Rothbard-Rockwell Report était son périodique favori. Rothbard et Rockwell ont cependant toujours défendu ou défendent encore le libre échange total. Il ne faut par ailleurs pas confondre Pat Buchanan, ancien membre du gouvernement Reagan, et James Buchanan, l'économiste co-créateur de l'Ecole des choix publics. Ndt].
L'argument central offert en faveur du protectionnisme est la préservation des emplois nationaux. Comment les producteurs américains qui paient 10 dollars de l'heure peuvent-ils concurrencer les mexicains, qui paient moins d'un dollar par heure ? Ils ne peuvent pas, et les emplois américains seront perdus à moins qu'on n'impose des tarifs douaniers pour protéger les salaires américains de la concurrence mexicaine. Ainsi, le libre échange ne serait possible qu'entre pays où les salaires seraient comparables, et ainsi se concurrenceraient "dans des conditions égales". Tant que ce n'est pas le cas --comme entre les États-Unis et le Mexique-- il faudrait égaliser les conditions par des tarifs douaniers. Buchanan et autres protectionnistes prétendent que la puissance intérieure, et la prospérité, seraient les conséquences d'une politique de protection du travail national. A l'appui de cette thèse, on cite l'exemple de pays, comme l'Angleterre du XIXème siècle, qui pratiquaient le libre échange et qui ont perdu leur position économique autrefois prédominante, et de pays protectionnistes à la même époque, comme les Etats-Unis, qui les ont supplantés.
Tout cela, comme toute autre prétendue preuve empirique de la thèse protectionniste, sont à rejeter d'emblée, car elles consistent à commettre l'erreur de conclure que ce qui advient à la suite d’un événement devrait être sa conséquence (le sophisme post hoc, ergo propter hoc). Tirer ce genre de conclusions générales d’observations historiques ne vaut pas davantage, comme « preuve », que de déduire, du fait que les riches consomment plus que les pauvres, la conclusion comme quoi ce serait de consommer qui vous rend riche. En fait, les protectionnistes comme Buchanan n'arrivent pas à comprendre ce qui est en question lorsqu'ils défendent leur thèse.
En effet, tout argument en faveur du protectionnisme international est en même temps un argument pour le protectionnisme entre les régions, voire entre les quartiers. Tout comme il existe des différences de salaires entre les États-Unis d'une part, le Mexique, Haïti ou la Chine d'autre part, de telles différences de salaires existent également entre New York et l'Alabama voire entre Manhattan et le Bronx ou Harlem. Ainsi, s'il était vrai que le protectionnisme international peut rendre un pays entier fort et prospère, il ne devrait pas être moins vrai que le protectionnisme régional ou local pourrait rendre forts et prospères une région ou le quartier d'une ville. En fait, on pourrait même aller plus loin. Si l'argument protectionniste était valide, il reviendrait à mettre en cause tout échange, et à défendre la thèse selon laquelle chacun serait le plus riche, et le plus puissant, s'il n'échangeait avec personne et s’enfermait dans un isolement autarcique. Il est certain que, dans ce cas-là, plus personne ne perdrait son emploi, et que le chômage du fait de la concurrence "déloyale" serait réduit à zéro.
Ainsi, en allant jusqu'au bout des implications de l'argumentaire protectionniste, nous avons établi sa complète absurdité, car une telle "société de plein emploi" serait tout sauf forte et prospère ; elle serait faite d’individus qui, même en travaillant jour et nuit, seraient voués à la misère, sinon à la famine et à la mort.
Le protectionnisme international, bien qu'à l'évidence moins destructeur qu'une politique de protectionnisme régional ou de quartier, aurait exactement les mêmes effets, et constituerait une infaillible recette pour aggraver un déclin économique des Etats-Unis. Bien sûr, on sauverait quelques emplois et industries américains, mais on en paierait le prix. Le niveau de vie et le revenu réel des acheteurs américains de produits étrangers seraient forcément réduits. Les prix de revient grimperaient pour tous les producteurs des États-Unis qui emploient comme matière première des produits du secteur protégé, et ces producteurs-là se retrouveraient moins compétitifs sur le marché international. En outre, que peuvent donc faire les étrangers avec l'argent qu'ils gagnent en exportant vers les États-Unis ? Eh bien ils ne peuvent faire que deux choses : soit acheter des produits américains, soit placer cet argent-là aux Etats-Unis. Ainsi, pour sauver quelques canards boiteux américains, on détruirait, ou empêcherait d'apparaître, un bien plus grand nombre d'emplois viables aux États-Unis.
Par conséquent, il est absurde de prétendre que ce serait à cause de sa politique de libre échange que l'Angleterre a perdu sa prééminence. Si elle l'a perdue, c'est malgré sa politique libre-échangiste et à cause des politiques socialistes qu'elle a adoptées par la suite. De même, il est absurde de dire que la montée en puissance de l'économie américaine au cours du XIXème siècle aurait été due au protectionnisme. Si les États-Unis ont atteint leur position prédominante c'est malgré leur protectionnisme et grâce à leur politique intérieure de laissez-faire sans égal. En réalité, le déclin économique actuel de l'Amérique, que Buchanan veut inverser, est le résultat, non pas des politiques de libre échange, mais du fait qu'elle a peu à peu, au cours du 20ème siècle, adopté les mêmes politiques socialistes qui avaient auparavant ruiné l'Europe.
L'échange et l'immigration
Ayant défendu le libre échange, nous allons maintenant développer la défense d'une combinaison de restrictions à l'immigration et d'une politique de libre échange. Plus particulièrement nous allons construire une défense de plus en plus forte pour les restrictions à l'immigration : nous partirons de l'affirmation initiale faible que libre échange et immigration limitée peuvent aller ensemble et ne s'excluent pas mutuellement, pour aboutir à l'affirmation finale forte que ce sont en fait les principes justifiant le libre échange qui exigent de telles limitations.
Dès le départ, il faut souligner que même la politique de restriction de l'immigration la plus sévère, ou la forme la plus exclusive de la ségrégation n'ont strictement rien à voir avec un rejet du libre échange et l'adoption du protectionnisme. Du fait que l'on ne veuille pas s'associer ou vivre avec des Mexicains, des Haïtiens, des Chinois, des Coréens, des Allemands, des catholiques, des musulmans, des hindous, etc., il ne suit absolument pas que l'on ne veuille pas échanger avec eux à distance.
En outre, même s'il était vrai que le revenu réel augmenterait en cas d'immigration, il ne s'ensuivrait pas que l'immigration soit "bonne" en soi : la richesse matérielle n'est évidemment pas la seule chose qui compte. Plus exactement, ce qui constitue le "bien-être" et la "richesse" est ce qu'on perçoit comme tels, et on peut parfaitement préférer un niveau de vie matériel plus faible à plus grande distance de certaines autres personnes à un niveau de vie matériel plus élevé avec une distance plus faible. C'est précisément le caractère absolument volontaire de l'association et de la séparation humaines --donc l'absence de toute forme d'intégration forcée-- qui rend possible les relations pacifiques --la liberté des échanges-- entre des peuples racialement, ethniquement, linguistiquement, religieusement ou culturellement différents.
La relation entre l'échange et la migration est une relation de substituabilité élastique (et non d'exclusivité rigide) : plus vous avez de l'un, moins vous avez besoin de l'autre, et réciproquement. Toutes autres choses étant égales, les entreprises s'en iront vers les zones de faibles salaires et le travail partira pour des régions de salaires élevés, ce qui engendrera une tendance à égaliser les salaires (pour le même type de travail) et à optimiser l'allocation du capital. Avec des frontières politiques qui séparent les régions de hauts et de faibles salaires, et avec des politiques d'échanges nationaux (à l'échelle de la nation) et d'immigration, ces tendances naturelles --d'immigration et d'exportation du capital-- sont affaiblies par le libre échange et renforcées par le protectionnisme.
Tant que les produits mexicains --produits de la zone à bas salaires-- peuvent entrer librement dans une zone à salaires élevés comme les États-Unis, l'incitation des Mexicains à émigrer vers les États-Unis est réduite. Au contraire, si on empêche les produits mexicains d'entrer sur le marché nord-américain, la tendance des travailleurs à partir pour les États-Unis augmente.
De même, quand les producteurs nord-américains sont libres d'acheter et de vendre aux producteurs et consommateurs mexicains [et n'oublions pas qu'interdire les importations, c'est interdire les exportations pour un même montant, pour des choix d'épargne inchangés], les exportations de capital des États-Unis vers le Mexique seront réduits ; cependant, si les producteurs nord-américains sont empêchés de le faire, la tentation de délocaliser la production des États-Unis vers le Mexique augmentera.
De même, la politique des échanges intérieurs affecte l'immigration aux États-Unis autant que la politique des échanges extérieurs. A l'intérieur, le libre-échange est ce qu'on appelle typiquement le capitalisme de laissez-faire. En d'autres termes, les hommes de l’état national suivent une politique de non-ingérence dans les transactions volontaires entre partenaires intérieurs (résidents) sur leur propriété privée. La politique des hommes de l’état consiste à protéger les citoyens et leur propriété privée contre l'agression intérieure, les dommages ou la fraude (tout comme dans le cas des échanges internationaux des agressions de l'étranger). Quand les États-Unis suivent une politique stricte de "libre-échange intérieur", l'immigration en provenance de régions à faibles salaires, comme le Mexique, est limitée, alors que quand ils poursuivent une politique "sociale", cette même immigration est rendue plus attractive.
Ouverture des frontières, invasion et intégration forcée
Si les États-Unis s'engagent dans la voie du libre échange sans entrave, au niveau international comme au niveau national, la pression de l'immigration en provenance des pays à bas revenus sera la plus faible ou limitée possible et, donc, la question de l'immigration sera moins pressante.
En revanche, si les États-Unis s'engagent dans la voie d'une politique protectionniste à l'encontre des produits en provenance des pays à bas revenus et dans celle d'une politique d'Etat-providence à l'intérieur, la pression de l'immigration restera élevée ou même augmentera, de sorte que la question de l'immigration prendra une grande importance dans le débat public.
A l'évidence, la plupart des régions à hauts revenus --l'Amérique du Nord et l'Europe occidentale-- se trouvent dans la deuxième situation, celle où l'immigration est devenue un sujet de plus en plus brûlant dans le débat public. Face à une immigration sans cesse croissante en provenance des pays à bas salaires, trois stratégies générales d'immigration ont été proposées : immigration totalement libre, immigration libre conditionnelle et immigration limitée. Bien que nos préoccupations se portent principalement sur les deux dernières possibilités, quelques remarques sur l'immigration totalement libre sont nécessaires, ne serait-ce que pour illustrer l'étendue de sa faillite intellectuelle.
A en croire les partisans de l'immigration totalement libre, le seul fait que les États-Unis sont une zone à salaires élevés garantirait qu'ils bénéficieront toujours de l'immigration ; ainsi, ils devraient conduire une politique d'ouverture des frontières, indépendamment des conditions en vigueur, c'est-à-dire même si les États-Unis mènent une politique de protectionnisme ou d'Etat providence. Il est évident que toute personne raisonnable considère une telle proposition comme insensée. Supposons que les États-Unis, ou mieux encore la Suisse, annoncent qu'il n'y aura plus aucun contrôle aux frontières, que tous ceux qui peuvent payer le voyage auront le droit d'entrer dans le pays et que, en tant que résidents, ils auront "droit" à toutes les mesures "sociales" intérieures "normales". Y a-t-il le moindre doute sur le caractère désastreux d'une telle expérience dans le monde tel qu'il est ? Les Etats-Unis, et plus rapidement encore la Suisse, seraient envahis par des millions d'immigrants du tiers-monde, parce que, même dans la rue, on vit plutôt mieux aux États-Unis ou en Suisse que dans de nombreuses régions du tiers-monde. Le fardeau des systèmes sociaux grimperait vertigineusement et l'économie, étranglée, se désintégrerait avant de s'effondrer, car les moyens d'existence --la réserve de capital accumulée dans le passé et hérité de celui-ci-- seraient dilapidés. La civilisation disparaîtrait aux États-Unis ou en Suisse, comme elle a disparu à Rome ou en Grèce.
Comme on doit tenir la liberté totale d'immigrer pour conduisant au suicide national, la position typique des libre-échangistes est la liberté d'immigrer, sous conditions. D'après cette idée-là, les États-Unis et la Suisse devraient d'abord revenir au libre-échange total et mettre fin à tous les programmes sociaux entretenus par les impôts, et alors seulement ils pourraient ouvrir leurs frontières à tous ceux qui voudraient venir. Dans l'intervalle, tant que l'état-providence est encore en place, l'immigration devrait être sujette à la condition que les immigrants soient exclus de toute prétention aux mesures sociales.
Bien que l'erreur de cette idée soit moins évidente, et ses conséquences moins dramatiques, que celles associées à l'immigration libre inconditionnelle, ce point de vue est néanmoins erroné et malfaisant. Il est certain que la pression migratoire sur la Suisse et les États-Unis serait atténuée si l'on suivait cette proposition, mais elle ne disparaîtrait pas. En fait, avec des politiques de libre échange, tant international que national, les salaires en Suisse et aux États-Unis pourraient augmenter encore plus vite que ceux des autres zones (soumises à des politiques économiques moins éclairées). De ce fait, les deux pays pourraient devenir encore plus attirants. En tout état de cause, la pression migratoire subsisterait, et une politique d'immigration devrait continuer à exister.
Alors, les principes de base du libre échange impliquent-ils une politique "d'immigration libre" conditionnelle ? La réponse est non. Il n'y a pas d'identité de principes entre le libre échange et la libre immigration, entre limitation des échanges et limitation de l'immigration. Les phénomènes de l'échange et de l'immigration sont fondamentalement différents, et la signification des mots "libre" et "limité", quand on les associe à ces deux termes, est totalement différente. En effet, les personnes peuvent se déplacer, et migrer ; les biens et les services ne le peuvent pas par eux-mêmes.
Pour dire les choses autrement, alors qu’un individu peut se déplacer d'un point à un autre sans qu'un tiers ne souhaite qu'il le fasse, pour leur part les biens et les services ne pas peuvent pas passer d'un endroit à l'autre à moins que celui qui les envoie et celui qui les reçoit ne soient l'un et l'autre d'accord.
Aussi évidente que cette distinction puisse être, elle a des conséquences capitales. En effet, le mot libre, quand on l'associe à l'échange, veut dire échange uniquement à l'invitation de propriétaires et d'entreprises privés ; et l'échange limité ne veut pas dire la protection des propriétaires et des entreprises contre des biens et des services dont ils ne voudraient pas, mais violation et abrogation du droit des propriétaires et des entreprises privés de lancer des invitations, ou d'en refuser, sur leur propriété à eux.
A l'inverse, le mot libre associé à l'immigration ne veut pas dire qu'on immigre sur invitation émise par des propriétaires et des entreprises privés, mais invasion non souhaitée et intégration forcée ; et ce que l'immigration limitée veut en réalité dire, ou au moins peut vouloir dire, c'est la protection des propriétaires et des entreprises contre une invasion non désirée et une intégration forcée. Par conséquent, quand on défend le libre échange et l'immigration limitée, c'est au même principe qu'on se conforme : exiger une invitation pour les individus comme on le fait pour les biens et les services.
En revanche, les partisans du libre échange et du marché libre qui adoptent l'immigration libre (inconditionnelle) sont intellectuellement incohérents. Libre échange et marché libre signifient que les propriétaires privés peuvent recevoir ou envoyer des biens entre eux sans intervention des hommes de l'état. Les hommes de l'état restent neutres vis-à-vis du processus d'échange, avec l'étranger et entre concitoyens, parce qu'il existe quelqu'un qui accepte de payer pour recevoir le bien ou le service vendu, et donc tous les déplacements de biens et services sont mutuellement avantageux en tant que produit d'un accord entre l'expéditeur et destinataire. La seule tâche des hommes de l'état est d'entretenir le processus des échanges (en protégeant les résidents et la propriété sous leur juridiction).
Cependant, en ce qui concerne les mouvements des individus, les mêmes hommes de l'état devront, pour remplir leur fonction protectrice, faire plus que permettre aux événements de suivre leur cours, parce que les individus, à l'inverse des produits, possèdent une volonté propre et peuvent migrer de leur propre chef. Ainsi, un mouvement de population, à l'opposé d'un envoi de produits, n'est pas en soi un événement mutuellement bénéfique parce qu'il n'est pas toujours --nécessairement, et invariablement-- le produit d'un accord entre un destinataire spécifique et un expéditeur spécifique. Il peut y avoir des envois (immigrants) qui n'ont pas dans le pays de destinataires consentants. Et dans ce cas-là, les immigrants sont des envahisseurs étrangers et l'immigration constitue un acte d'invasion. Or, il ne fait pas de doute que le rôle protecteur de base de l'état inclut la lutte contre l'invasion étrangère et l'expulsion des envahisseurs étrangers. Et il est tout aussi certain que, pour le faire, et soumettre les candidats à l'immigration aux mêmes exigences que les importations (que des résidents du pays les aient invités), les hommes de l'état ne peuvent pas autoriser la libre immigration telle que la défendent tant de libre-échangistes présumés.
Imaginons à nouveau que les Etats-Unis ou la Suisse ouvrent leurs frontières à tous les candidats --à la seule condition que les immigrants soient exclus des programmes sociaux, ceux-ci étant réservés aux citoyens américains ou suisses. Mis à part le problème sociologique qui résulte de la création de deux classes distinctes de résidents et les tensions sociales qui s'ensuivraient, il y a peu de doute sur le résultat d'une telle expérience dans le monde actuel. Ce résultat serait moins drastique et moins immédiat qu'avec un scénario de libre immigration inconditionnelle, mais il conduirait également à une invasion massive étrangère et à la fin à la destruction de la civilisation américaine ou suisse. Ainsi, pour remplir sa fonction première de protecteur de ses citoyens et de leur propriété, le gouvernement d'une zone à hauts salaires ne peut pas mener une politique d'immigration libre et tout laisser passer, mais doit prendre des mesures restrictives.
Le modèle anarcho-capitaliste
A partir de la reconnaissance du constat que les partisans du libre échange et du marché libre ne peuvent soutenir la liberté d'immigrer sans tomber dans l'inconséquence et la contradiction, ainsi que du constat que l'immigration doit --en toute logique-- être limitée, le pas n'est pas mince pour dire comment il faut la limiter. Dans la réalité, aujourd'hui, tous les gouvernements d'un pays à hauts salaires restreignent l'immigration d'une façon ou d'une autre. Il n'y a nulle part où l'immigration soit "libre", conditionnellement ou inconditionnellement. Pourtant, les restrictions imposées aux immigrants par les États-Unis ou par la Suisse, par exemple, sont assez différentes. Alors, quelles sont les restrictions qui devraient avoir lieu ? Ou, plus précisément, quelles sont les limitations à l'immigration qu'un défenseur du libre échange et du marché libre doit défendre et promouvoir ?
Les principes qui doivent guider un pays à hauts revenus pour sa politique d'immigration sont une conséquence de l'analyse selon laquelle l'immigration, pour être libre au sens où l'échange est libre, doit être une immigration invitée. Les détails proviennent de l'éclaircissement et de l'illustration du concept d'invitation par opposition à l'invasion et à l'intégration forcée.
Dans ce but il est nécessaire de supposer, tout d'abord, en tant que référence conceptuelle, l'existence de ce que les philosophes politiques ont représenté comme une anarchie fondée sur le droit de propriété, l'anarcho-capitalisme ou anarchie ordonnée : tout le territoire est entre les mains de propriétaires privés, y compris les routes, les rivières, les aéroports, les ports, etc. Pour certains territoires, le titre de propriété peut être sans limite, le propriétaire pouvant faire de sa propriété ce qu'il veut aussi longtemps qu'il ne se heurte pas physiquement à la propriété des autres. Pour d'autres territoires le titre de propriété peut être plus ou moins limité. Comme c'est actuellement le cas dans certaines zones urbaines, le propriétaire peut être lié contractuellement par certaines restrictions sur ce qu'il peut et ne peut pas faire avec sa propriété (obligations restrictives, répartition volontaire en différentes zones), qui peuvent concerner l'usage résidentiel plus que commercial, l'interdiction des constructions de plus de quatre étages, l'interdiction de la vente ou de la location à des couples non mariés, à des fumeurs ou à des Allemands, par exemple.
Il est clair que, dans ce type de société, il n'y a rien qui ressemble à une liberté d'immigration, ou un "droit" d'aller et venir de l'immigré. Ce qui existe, c'est la liberté des propriétaires privés indépendants d'admettre ou d'exclure les autres de leur propre propriété en accord avec leurs titres de propriété, limités ou non. L'admission sur certains territoires peut être facile alors que sur d'autres elle serait quasiment impossible. De plus, l'admission sur la propriété de quelqu'un n'implique pas la "liberté de se déplacer aux alentours", à moins que les autres propriétaires n'aient consenti à ces mouvements-là. Il y aura autant d'immigration ou de non immigration, d'exclusivité ou sans exclusivité, de ségrégation ou d’absence de ségrégation, de discrimination ou de non-discrimination, que l'auront souhaité les propriétaires individuels ou les associations de propriétaires.
La raison pour citer ce modèle d'une société anarcho-capitaliste est que dans ce cadre, par définition, rien n'est possible (autorisé) qui s'apparente à une intégration forcée (migration non invitée) : c'est dans ce scénario-là qu'il n'y a pas par définition aucune différence entre le déplacement des produits et la migration des populations. De même que chaque mouvement d'un produit est le résultat d'un accord sous-jacent entre un expéditeur et un destinataire, les mouvements des immigrants vers une société anarcho-capitaliste et en son sein sont le produit d'un accord entre l'immigrant et un ou plusieurs propriétaires de cette société.
Ainsi, même si finalement on rejette le modèle anarcho-capitaliste --et si pour des motifs de réalisme on admet l'existence d'un état, et de biens et de propriétés "publics" (en plus des biens et propriétés privés)-- ce modèle met clairement en lumière ce que devrait être la politique d'immigration d'un état, si et pour autant que ce gouvernement tire sa légitimité de la souveraineté du "peuple" et passe pour le produit d'un accord ou "contrat social" (ce qui est le cas, bien sûr, de tous les gouvernements post-monarchistes). Un gouvernement "populaire" qui accepte d'avoir comme rôle premier la protection des citoyens et de leur propriété (la protection de la sécurité intérieure) devrait certainement chercher à préserver, plutôt qu'à abolir, cette absence d'intégration forcée qui caractérise l'anarcho-capitalisme !
Afin de se rendre compte de ce qui en découle, il est nécessaire d'expliquer comment l'introduction d'un état altère une société anarcho-capitaliste, et comment cela affecte le problème de l'immigration. Comme par définition il n'y a pas d'état dans une société anarcho-capitaliste, il n'y a pas de distinction tranchée entre les membres du pays (les citoyens intérieurs) et les étrangers. Cette distinction n'apparaît qu'avec l'institution de l'état. Le territoire sur lequel s'étend le pouvoir de celui-ci devient le pays, et tous ceux qui résident à l'extérieur de ce territoire deviennent des étrangers. Les frontières de l'Etat (et les passeports) naissent, distinctes des frontières des propriétés privées (et des titres de propriétés). L'immigration devient une immigration par des étrangers qui franchissent les frontières étatiques, et la décision d'accepter ou non une personne n'est plus du ressort exclusif des propriétaires privés ou des associations de tels propriétaires mais devient du ressort des hommes de l'état en tant que producteurs de sécurité intérieure.
Dès lors, si les hommes de l'état excluent quelqu'un, alors qu'il se trouve un résident qui voudrait inviter cette personne sur sa propre propriété, le résultat est une exclusion forcée ; et si le gouvernement accepte quelqu'un, alors qu'aucun résident ne veut de cette personne sur sa propriété, le résultat est une intégration forcée.
En outre, avec l'institution de l'état apparaît celle de la propriété "publique" et des biens "publics", c'est-à-dire des biens et propriétés possédés collectivement par tous les résidents, contrôlés et administrés par les hommes de l'état. Plus important est la masse de la propriété publique, étatique, plus grand sera le problème potentiel de l'intégration forcée, et vice-versa. Considérons, par exemple, une société socialiste comme l'ex-Union soviétique ou l'ex-Allemagne de l'Est. Tous les facteurs de production, y compris les terres et les ressources naturelles, sont inclus dans la propriété publique. A cet égard, si les hommes de l’état admettent un immigrant qu’on n’a pas invité, il l'admet potentiellement à tout endroit du pays ; en effet, sans propriété privée des terres, il n'existe à ses migrations intérieures aucune limite autre que celles décrétées par les hommes de l'état. Sous le socialisme, par conséquent, l'intégration forcée peut s'étendre partout et donc s'intensifier (en fait, dans l'Union soviétique et en Allemagne de l'Est, le gouvernement pouvait aller jusqu'à loger un étranger dans l'appartement ou la maison privée de quelqu'un d'autre ; on rationalisait cette disposition --et l'intégration forcée très forte qui en résultait-- par le "fait" que toutes les maisons privées étaient situées sur le territoire public).
Bien entendu les pays socialistes ne seront pas des zones à hauts salaires, ou à tout le moins ne le resteront pas longtemps. Leur problème à eux n'est pas la pression à l'immigration mais à l'émigration. L'URSS ou la RDA interdisaient l'émigration, et tuaient ceux qui cherchaient à fuir le pays. Malgré tout, le problème de l'extension et de l'intensification de l'intégration forcée continue à l'extérieur du socialisme. Il est vrai que dans des pays non socialistes comme les États-Unis, la Suisse, la République fédérale allemande, qui sont des destinations favorites de l'immigration, un immigrant accepté par le gouvernement ne peut pas se déplacer où bon lui semble. La liberté de mouvement de l'immigrant est limitée par l'étendue de la propriété privée et de celle des terres en particulier. Mais, en empruntant les routes publiques ou les moyens de transport publics, et en restant sur les terres et parcs publics et dans les constructions publiques, un immigrant peut potentiellement se trouver sur le chemin d'un résident intérieur, et même se retrouver dans son voisinage immédiat, pratiquement à sa porte. Moins la propriété publique est importante, moins le problème sera aigu ; mais tant qu'il existe une propriété publique quelconque, on ne peut totalement y échapper.
Correction et prévention
Un gouvernement populaire qui cherche à préserver ses citoyens et leur propriété d'une intégration forcée et des envahisseurs étrangers dispose de deux méthodes pour le faire, l'une correctrice et l'autre préventive.
La méthode correctrice doit améliorer les effets d'une intégration forcée une fois que celle-ci a eu lieu (et que les envahisseurs sont là). Comme indiqué, pour atteindre cet objectif, le gouvernement doit réduire autant que possible l'étendue de la propriété publique. En outre, quel que soit la proportion de propriété privée et de propriété publique, le gouvernement doit défendre --et certainement pas criminaliser-- le droit de tout propriétaire privé d'exclure les autres de sa propriété aussi bien que de les inviter. Si virtuellement toute la propriété est privée et si les hommes de l'état font respecter les droits de propriété, les immigrants non désirés, même s'ils réussissaient à entrer dans le pays, n'iraient pas beaucoup plus loin.
Plus on met en oeuvre ce choix-là (plus le degré de propriété privée est grand), moins il sera nécessaire de prendre des mesures protectrices, comme la défense des frontières. Le coût de la protection contre l'invasion étrangère le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique est, par exemple, relativement élevé, parce qu'il y a du côté des États-Unis de grandes étendues dépourvues de propriété privée. Cependant, même si le coût de la protection des frontières peut être abaissé par la privatisation, il ne disparaîtra pas tant que des différences substantielles existeront entre les revenus et les salaires des deux territoires. Ainsi, pour remplir sa mission protectrice de base, le gouvernement d'une zone à hauts salaires doit également prendre des mesures préventives. A tous les points d'entrée et le long des frontières, le gouvernement, comme représentant de ses citoyens, doit vérifier que toutes les nouvelles personnes arrivant ont un ticket d'entrée --une invitation valide faite par un propriétaire du pays-- et doit expulser à ses frais quiconque n'aurait pas un tel ticket.
Les invitations valides sont des contrats entre un ou plusieurs destinataires privés du pays, résidents ou commerciaux, et la personne qui arrive. Et la partie invitante, quand par contrat elle laisse entrer un étranger, ne peut disposer que de sa propre propriété privée. Ainsi, cette admission implique par défaut --comme dans le scénario d'une immigration libre conditionnelle-- que l'immigrant soit exclu des mesures sociales financées publiquement. De manière positive, elle implique que la partie accueillante assume la responsabilité légale des actions de son invité pour la durée de son séjour. La partie invitante est donc responsable sur toute l'étendue de sa propriété des crimes que pourrait commettre l'invité contre une tierce personne ou sa propriété (tout comme les parents sont tenus responsables des crimes de leurs enfants tant qu'ils font partie du foyer familial). Cette obligation, qui implique à proprement parler que ceux qui invitent s'assurent de la responsabilité de leurs hôtes, se termine dès que ceux-ci ont quitté le pays, ou qu'un autre propriétaire a assumé la responsabilité de la personne en question (en l'accueillant chez elle).
L'invitation peut être privée (personnelle) ou commerciale, limitée ou illimitée dans le temps, concerner uniquement le logement (hébergement, résidence) ou le logement et l'emploi (mais il ne peut exister de contrat valide concernant seulement l'emploi et pas le logement). Dans tous les cas, cependant, toute invitation, envisagée comme une relation contractuelle, peut être révoquée ou terminée par celui qui invite et à la fin du contrat, l'invité - qu'il soit un touriste, un homme d'affaires en déplacement ou un résident étranger - doit quitter le pays (à moins qu'un autre citoyen résident n'établisse un contrat d'invitation avec lui).
L'invité ne peut perdre son statut légal de non résident ou de résident étranger, sujet à tout instant au risque potentiel d'expulsion immédiate, qu'en acquérant la citoyenneté. En accord avec l'objectif de faire que toute immigration (en tant qu'échange) soit invitée par contrat, la condition fondamentale pour obtenir la citoyenneté est d'accéder à la propriété immobilière, ou plus exactement à la propriété d'un bien foncier et d'une demeure résidentielle.
Au contraire, il serait incompatible avec l'idée d'une immigration invitée de donner la citoyenneté selon le droit du sol, comme aux États-Unis, où tout enfant né sur le sol d'accueil, d'un étranger résident voire non-résident, reçoit automatiquement la citoyenneté du pays. En fait, un tel enfant possède, comme la plupart des autres gouvernements de pays à hauts salaires le reconnaissent, la citoyenneté de ses parents. Que les hommes de l'état du pays d'accueil puissent donner à cet enfant la citoyenneté signifie en revanche qu'il ne remplit pas sa fonction protectrice fondamentale. Cela revient en fait à un acte d'invasion perpétré par les hommes de l'état contre leurs propres citoyens.
A l'inverse, devenir citoyen signifie acquérir le droit de demeurer dans le pays de manière permanente, et une invitation permanente ne peut être assurée autrement qu'en achetant la propriété d'un citoyen résident. Ce n'est qu'en vendant un bien immobilier à un étranger qu'un citoyen montre qu'il est d'accord avec le fait que cet invité reste définitivement (et ce n'est que lorsque l'immigrant a acheté et payé le bien immobilier et la demeure résidentielle dans le pays d'accueil qu'il montrera qu'il porte un intérêt permanent au bien-être et à la prospérité de son nouveau pays). En outre, trouver un citoyen prêt à vendre sa résidence et avoir l'argent pour l'acheter, bien qu'étant une condition nécessaire à l'acquisition de la citoyenneté, peut ne pas être suffisant. Si la propriété en question est sujette à des clauses restrictives, les obstacles à franchir par un candidat à la citoyenneté peuvent être bien plus élevés. En Suisse, par exemple, l'obtention de la citoyenneté peut réclamer que la vente de la résidence aux étrangers soit ratifiée par la majorité ou même l'unanimité des propriétaires locaux concernés directement par cette vente.
Conclusion
A en juger d'après la politique d'immigration nécessaire pour protéger leurs propres citoyens d'une invasion étrangère et d'une intégration forcée --et pour faire que les mouvements de population internationaux se conforment au critère de l'invitation et du contrat --les hommes de l'état suisse s'en tirent mieux que ceux des États-Unis. Il est plus difficile d'entrer en Suisse comme personne non invitée, ou d'y demeurer comme citoyen non désiré. En particulier, il est bien plus difficile pour un étranger d'en acquérir la citoyenneté, et la distinction légale entre citoyen résident et étranger résident y est plus clairement préservée. Malgré ces différences, les gouvernements de la Suisse et des États-Unis poursuivent des politiques d'immigrations qui doivent l'une et l'autre êtres jugée bien trop permissive.
De plus, la permissivité excessive de leurs politiques d'immigration, et l'exposition qui en résulte pour les populations suisse et américaine à une intégration forcée avec des étrangers est aggravée par le fait que l'étendue de la propriété publique des deux pays (et des autres zones à hauts revenus) est assez substantielle ; que les mesures "sociales" entretenues par l'impôt sont développées et croissantes, et que les étrangers n'en sont pas exclus ; et que, nonobstant les déclarations officielles, l'adhésion à une politique de libre échange est tout sauf parfaite. C'est pourquoi, en Suisse et aux États-Unis, et dans les autres pays à salaires élevés, les protestations populaires contre les politiques d'immigration sont de plus en plus fortes.
Le but de cet essai était non seulement de soutenir la privatisation du domaine public, le laissez-faire intérieur, et le libre-échange international, mais aussi tout particulièrement l'adoption d'une politique d'immigration restrictive. En démontrant que le libre-échange est incompatible avec une immigration libre (inconditionnelle ou conditionnelle), et qu'il exige au contraire que les migrations soient soumises à la condition d'être invitées et par contrat, nous espérons avoir contribué à éclairer les politiques à venir dans ce domaine.
Je suis en accord avec un certain nombre de points, mais plus nuancé sur d’autres.
Ainsi, il était opportun par exemple de dire par exemple que le libre échange résulte d’un contrat entre individus jouissant de leur propriété, et que l’immigration actuelle, ou libre immigration par exemple, actuelle, et s’imposant sans invitations préalables est une atteinte au droit de propriété de ceux qui à la naissance ont reçu un patrimoine : un sol, des traditions …
Cependant, je partage à demi la nécessité d’une immigration contrôlée, celle-ci pouvant d’ailleurs donner lieu à plusieurs interprétations bien différentes, et que je pense être discutable en certains autres points, ce qui d’ailleurs me conforte dans mon sentiment d’être globalement protectionniste dans l’ensemble, bien que ne refusant pas catégoriquement toute autre conception.
J’argumenterai peut-être d’ailleurs sur les principes auxquels je suis attaché.
Ce texte me paraît dans l’ensemble être plutôt une analyse globalement cohérente et rationnelle.
J’observe d’ailleurs les méfaits de la politique actuelle de libre échange, et notamment celle des institutions internationales telles l’OMC, le GATT sur les droits douaniers ; l’Union européenne de l’espace Schengen en tant que seul marché dépourvu de tout autre concept que celui-là.