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Aimé Césaire, poète et homme politique martiniquais, est décédé aujourd'hui à l'âge de 94 ans.
Avec lui disparaît l'un des pionniers de la "négritude", ce courant littéraire qui va émerger à l'après-guerre.
Avec son ami Senghor, ils définissaient ainsi la négritude comme "l'ensemble des valeurs économiques, politiques, intellectuelles, morales, artistiques et sociales des peuples d'Afrique et des minorités noires d'Amérique, d'Asie et d'Océanie."
"La négritude, c'est l'homme noir qui s'assume" concluent négrologues et négrophiles.
A l'heure de sa mort pourtant, et certains négrologues le confirment, jamais il n'aura été si peu assumé la couleur brune de sa peau.
J'en viens à plusieurs points :
- La sémantique moderne :
A l'heure actuelle, il semble qu'il soit devenu comme effroyablement raciste l'usage du terme "noir" pour qualifier un individu de peau noire.
Selon le Code Dalloz de la Pensée Unique, dans son article 5 alinéa 2, il n 'est plus permis d'utiliser ce mot sous peine d'être foudroyé, celui-ci se devant d'être remplacé par un anglicisme à la mode : "black".
L'homme noir n'est donc plus un noir, mais est devenu "un black", ce qui pourtant, traduit littéralement de la langue de Shakespeare revient au même.
Lorsque en société, dans un cadre mondain, vous employez ce terme, vous êtes immédiatement jugé comme un xénophobe indécrottable, un gougnafier de bas étage ...
On vous explique alors, à la suite de votre propre surprise devant tant de torpeurs, que ce mot est péjoratif, et qu'en conséquent il convient d'utiliser le mot "black", non seulement pour être dans le vent puisque les anglicismes sont "fun" et en vogue, mais en plus parce que ce terme serait quelque part la montre d'une certaine affectuosité.
Il y'a donc une négation subtile d'un état de fait, un reniement de soi imposé par la pensée unique.
C'est à mon sens une forme de racisme dérivé, dans le sens où l'individu noir n'aurait plus le droit de s'assumer comme tel, alors qu'il n'y a rien d'officiellement honteux à être né doté de telle ou telle couleur, qu'il n'y a aucune raison valable à un tel ressentiment.
C'est donc une forme de racisme déguisé qui résulte je crois d'un vestige colonialiste et qui consiste à la dénégation, ce qui m'amènera à mon second point.
Cette mode sémantique paraît donc plus que jamais aux antipodes de la négritude de Césaire et Senghor qui prône l'identité et la fierté noire.
D'ailleurs, a-t-on déjà vu la communauté chinoise du 13ème arrondissement de Paris se faire appeler les "yellow", ou les nord-africains des "brown", ou même les européens de souche des "white" ??
- Les traditions coloniales nourries par les gauches françaises :
Outre le reniement de l'identité de "noir" au profit du "black", il y'a d'autres subtilités quotidiennes qui interviennent, et qui, en y regardant de plus près, s'assimilent à des vestiges de la période coloniale.
Ainsi, Césaire en résumant la négritude disait ceci : « ce mot désigne en premier lieu le rejet. Le rejet de l'assimilation culturelle ; le rejet d'une certaine image du Noir paisible, incapable de construire une civilisation. Le culturel prime sur le politique. »
Ainsi, les individus qu'il est inutile de désigner une fois encore, et qui prône le métissage à toute les sauces (souvent des gens de gauche), que celui-ci soit culturel ou ethnique, forcent à l'assimilation culturelle de plusieurs peuplades ayant chacun des identités distinctes.
En outre, ces mêmes individus prônent aussi l'immigration à pleins tubes et l'accueil de toutes les populations lointaines opprimées ou non.
Toujours ces mêmes individus de gauche prônent ensuite la mixité, exigent de vastes agglomérations cosmopolites où pourraient se côtoyer puis se mélanger diverses ethnies et cultures.
Ce dictat imposé par le politiquement correct d'aujourd'hui s'assimile à une volonté d'étouffer les disparités entre les peuples, dans un monde cosmopolite, englobant des gens qui à terme deviendraient uniformes et homogènes.
Cela porte atteinte aux différences entre les peuples ou les individus qui font la beauté culturelle du monde humain.
Ce qui est paradoxal, puisque ces individus font à côté de cela l'éloge des différences, alors qu'ils escomptent pourtant les anéantir via divers brassages qui seraient de bon goût au nom du sacro-saint politiquement correct.
Dans la volonté de cosmopolitisme à toutes les sauces et de métissage à grande échelle, on ressent la mission civilisatrice du colon de l'époque, qui persuadé que son modus vivendi vaut mieux que les autres, imposent aux hommes de ce monde, son code de pensée, son système politique, économique ....
La Françafrique chère à nos dirigeants en est je crois un exemplaire illustratif.
D'ailleurs que ne furent les discours d'illustres politiciens de gauche, tels Ferry ou Blum :
"Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures." Jules Ferry
Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d'attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture, et de les appeler aux progrès réalisés grâces aux efforts de la science et de l'industrie". Léon Blum
- Le spectre d'une société contestataire décadente :
Dans un article du Conservateur que l'on a publié sur ce site, il était écrit avec justesse à propos du goût de la contestation qu'il faudrait insuffler :
" Est-il nécessaire de rappeler comment ont fini les petits prophètes poudrés des salons de 1788, ces momies libre-pensantes et parcheminées professant de fausses lumières à l'abri de leur lambris dorés, et ces catins philosophantes de la bonne société cachant sous leur giron des pamphlets libertaires ? La plupart ont rendu leur misérable existence la chemise en sang sur l'échaffaud ou au fond d'un caniveau massacré à coup de piques par les "outils" même qu'ils prétendaient manier, et dont le contrôle avait échappé à tous "
Ce goût de l'autoflagellation, du sadomasochisme à l'état pur et du reniement de soi s'est ensuite retrouvé aux origines d'autres mouvements de contestation tel Mai 68, où la bourgeoisie amorale, dans son confort, s'est prise dans les méandres de la contestation.
L'état actuel d'une société consumériste où la seule valeur morale est de consommer ajoute au goût de la débauche pour ceux qui disposent.
Finalement, il est toujours bon de consommer, peu importe le produit. Il est toujours bon de faire de l'argent avec, quitte à ce qu'il ne soit pas très propre.
Ainsi, l'aristocratie de l'époque s'en donnait-elle déjà à coeur joie autour d'orgies lugubres dans les palais. Les orgies de la Tour de la Nesle, le bal des ardents, le cénacle des mignons d'Henri III ... la "négresse de Moret" de sang royal.
Ainsi, dans le confort et la luxure aristocratique, la reine Marie-Thérèse d'Autriche, épouse du Roi Soleil, délaissée de celui-ci et entourée de dames d'honneur, ne s'était-elle pas laissé aller, au cours d'une lugubre orgie avec le "négrillon" Nabo, esclave noir et nain, ramenée d'une escursion africaine par le duc de Beaufort, qui distrayait et amusait l'entourage de la reine et des demoiselles poudrées qui l'entouraient ?
"La légende du sexe surdimensionné des Noirs" de Serge Bilé en relate l'histoire, en démontrant également le préjugé infondé relatif au titre de son ouvrage, et qui remonte à l'époque coloniale et repose sur des fondements racistes à l'encontre des colonisés. Propos corroborés par les études scientifiques élaborées sur ce vaste sujet passionnant.
Aussi, il est du devoir de ceux qui réclament ce même cosmopolitisme, qui cherchent à insuffler un vent libertaire "peace and love", faites l'amour (avec tout le monde) et pas la guerre", qui cherchent à raviver la flamme de Mai 68 à travers des manifestations estudiantines qui tombent à pic - d'annihiler toute forme de valeur morale et d'alimenter un certain nombre de mythes et légendes factices pour arriver à ses fins. J'entends par là, la destructions des identités et des différences, que ce soit pour les africains ou les européens, ce qui je crois va en fin de compte, à l'encontre de la "négritude".
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